Des portefeuilles abandonnés pour tester l'honnêteté des gens


24 juin 2019 - 836 vues

Une équipe de chercheurs s’est intéressée aux actes de civisme dans plus de 40 pays. Ils ont ainsi déposé près de 17 000 portefeuilles dans les lieux publics de 355 grandes villes afin d’observer la réaction des riverains. Certains contenaient de l’argent, d’autres non… et les résultats sont assez surprenants.

En quoi consistait l'expérience ?

Si vous voyez un portefeuille abandonné par terre dans la rue, que faites-vous ? Des chercheurs se sont intéressés à cette question et ont réalisé une étude d’envergure qui a été publiée dans la revue Science. Ainsi, ils se sont rendus dans 355 grandes villes à travers 40 pays du monde, et ont “perdu” près de 17 000 portefeuilles dans les lieux publics. Certains contenaient environ 11 euros alors que d’autres étaient sans argent. Chaque portefeuille contenait également 3 cartes de visite identiques, une liste de course, et une clé. Bien sûr, pour limiter les défaillances dans les résultats, tout était adapté au pays dans lequel était menée l’expérience, comme l’adresse figurant sur la carte de visite, la somme d’argent, la devise, etc.

L’une des personnes qui participaient à l’étude se rendait alors dans un lieu tel qu’une banque, un lieu culturel, un hôtel, un bureau de poste ou encore une institution publique afin d’y déposer le portefeuille. Toutefois, il ne le posait pas directement, mais il le donnait à un employé en expliquant l’avoir trouvé et ne pas avoir le temps de s’en occuper. Il s’en allait ensuite.

Michel Maréchal, économiste à l’université de Zurich et coauteur de l’étude, explique pourquoi les portefeuilles n’étaient pas directement abandonnés dans la rue : “Si nous avions laissé ces portefeuilles dans les rues, nous n’aurions eu aucun contrôle sur ce qu’il se passe”.

Les résultats ne vont pas dans le sens des prédictions

Les auteurs de l’étude ont également pris soin d’effectuer un sondage auprès de citoyens lambdas et d’économistes afin de savoir ce que ces derniers allaient prédire concernant les résultats de cette expérience. Les citoyens ont ainsi estimé que plus le portefeuille serait rempli, moins il avait de chance d’être rendu. Les spécialistes, eux, ont affirmé que la quantité de choses contenues dans le portefeuille importait peu, mais que s’il contenait de l’argent, il serait probablement beaucoup moins rendu.

Et surprise : les résultats de l’étude ne concordent pas avec ces prédictions. En moyenne, les portefeuilles sans argent ont 40 % de chance d’être rendus. Mais s’ils contiennent des billets, ce taux augmente à 51 %. Afin de corroborer ces résultats, les auteurs de l’étude ont réalisé une autre expérience dans 3 pays différents.

Cette fois-ci, ils ont placé soit l’équivalent de 11 euros, de 83 euros ou rien dans le portefeuille. Et le résultat est sans appel : plus il contenait de l’argent, plus il a de chance d’être retourné. (46 % sans argent, 61 % avec 11 euros et 72 % avec 83 euros).

Les gens font preuve d'altruisme

Les chercheurs expliquent que cette étude démontre l’altruisme des personnes à travers le monde, En effet, les chercheurs ont fait une autre expérience, où ils omettaient de mettre la clé dans certains portefeuilles. En fait, les personnes contactaient plus souvent le propriétaire lorsqu’il y avait une clé.

Le fait que le portefeuille contienne de l’argent est un paramètre très important, que les chercheurs ont tenté de démontrer indépendamment à travers un autre sondage. Ils ont ainsi demandé de manière anonyme à des personnes si elles estimaient que ne pas rendre un portefeuille était du vol. Elles ont affirmé que ne pas le retourner quand il contient peu d’argent était plus proche d’un vol que lorsqu’il n’en contient pas. De plus, plus le portefeuille contenait de l’argent dans le sondage, plus les personnes considéraient le fait de ne pas le retourner comme un comportement un vol.

Dans la plupart des pays (sauf au Mexique et au Pérou où le rapport est inversé), le taux de portefeuilles rapportés lorsqu’il contient de l’argent est plus élevé que lorsqu’il n’en contient pas. Cet écart est assez étonnant et surprend les chercheurs. Ils ont ainsi cherché des corrélations comme une économie favorable, la condition géographique, l’emphase culturelle qui peut être individuelle et collective, un lien familial plus ou moins fort… mais il est très difficile de tirer des conclusions à partir de cette seule étude. Les chercheurs envisagent justement de prochaines recherches pour comprendre ces tendances.

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